Colloque organisé par le groupe de recherche «Lumière de Spectacle» (LdS), dirigé par Véronique Perruchon - Université de Lille - CEAC et Cristina Grazioli, Université de Padoue.


«  Lumière  matière  »  est  une  association  qui  ne  va  pas  nécessairement  de  soi.  Dans  le  champ artistique,  la  lumière  fait  l’objet  d’une  approche  équivoque  selon  qu’elle  est  considérée  dans  sa matérialité  d’un  point  de  vue  technique  ou  selon  que  l’on  considère  son  immatérialité.  Cette ambivalence  fait  écho  à  celle  de  l’histoire  scientifique  entre  lumière  corpusculaire  et  lumière ondulatoire .

Dans la glose critique, lorsque la lumière est considérée comme une matière, elle est intégrée au champ  des  arts  plastiques  et  s’analyse  en  termes  signifiants  avec  les  outils  de  l’iconologie.  On questionne  la  manière  dont  elle  éclaire  un  objet  représenté  dans  un  tableau  et  on  en  cherche  la signification ; ce que traverse précisément Victor I. Stoichita dans sa Brève Histoire de l’ombre  et  2 les ouvrages Shadows and Enlightenment de Michael Baxandall  et Faszination Licht: Licht auf  3 der  Bühne  de  Max  Keller .  On  s’intéresse  également  à  ses  phénomènes  physiques  et  à  la  4 construction du champ de vision, aussi bien dans l’image plane que dans les installations (Olafur Eliasson aujourd’hui, mais plusieurs artistes dès la deuxième moitié du XX e  siècle : Bruno Munari, Nicolas Schöffer…  ).

Lorsqu’on  s’intéresse  à  l’immatérialité  de  la  lumière,  celle-ci  est  analysée  avec  les  outils  de  la philosophie  qui  généralement  ressortent  d’une  analyse  de  l’image.  On  s’interroge,  à  l’instar  de Georges  Didi-Huberman,  sur  l’apparence  et  le  visible ,  jusqu’à  entrer  avec  Max  Milner   dans  le  5 6 champ obscur de la représentation du monde et de l’être au monde depuis le mythe de la caverne de Platon.

L’autre ambivalence de la lumière scénique est sa double dimension technique et esthétique qui s’est cristallisée au XIX e  siècle autour du débat entre la nécessité d’éclairer pour bien voir la scène et  les  choix  esthétiques.  Cette  question  historique  a  évolué  au  cours  du  XX e   siècle,  trouvant l’articulation  subtile  et  nécessaire  entre  les  deux  pôles  de  la  lumière  -  l’art  et  la  technique  (C. Grazioli, 2008 ). Alchimie qui résout également l’apparente contradiction entre les deux régimes  7 de la lumière : sa part fonctionnelle que recouvre le terme « éclairage », et sa puissance créatrice et évocatrice qu’incarne depuis Appia celui de « lumière ».

Cependant,  la  dimension  technique  de  la  lumière  scénique  en  fait  un  obstacle  à  l’intérêt  qu’elle mérite. Aborder la lumière dans sa matérialité scénique amène rapidement à se confronter à cette difficulté. C’est pourquoi la lumière en tant que donnée immatérielle est généralement privilégiée bien  qu’abordée  à  l’aide  de  métaphores.  Ce  qu’invitent  à  faire  les  dimensions  sensibles  et sensorielles  de  la  lumière  dans  les  arts  plastiques,  notamment  dans  les  œuvres  lumineuses  de James Turrell où le « spectateur » pénètre pour éprouver et ressentir les effets de l’interaction avec la lumière. Bien que le spectateur de spectacle vivant reste physiquement à distance de la scène et donc de la lumière, il a également souvent recours au langage poétique pour parler de l’effet de la lumière et de son ressenti : il sera question d’atmosphère, d’ambiance, de sensation.

En  revanche,  la  lumière  semble  plus  facilement  abordable  lorsqu’elle  ponctue  un  événement scénique, un changement dramatique, lorsqu’elle marque un changement de rythme ou d’intensité. Sa matérialité apparente en fait une composante qu’il devient possible de prendre en compte. Le contexte  actuel  montre  bien,  en  regard  de  l’histoire  du  théâtre,  que  la  lumière  a  pris  une importance primordiale : plus de décors, peu de costumes, la lumière s’est développée, y compris en incluant l’art vidéo.

Pourtant la lumière passe souvent inaperçue. Sa matérialité se perd dans un aperçu globalisant qui en  exclue  la  densité.  Partie  prenante  de  la  mise  en  scène,  intentionnellement  en  lien  à  la dramaturgie,  mais  surtout  esthétiquement  et  plastiquement  dans  sa  réalité  dramatique,  la « lumière matière » est réalité scénique et composante à part entière. Qu’elle disparaisse derrière l’action  scénique  ou  qu’elle  renvoie  aux  modulations  informelles  –  voire  abstraites  -,  la  lumière devient invisible. Est-elle pour autant immatérielle ? Que dire des LED  (Light Emitting Diode) aux  8 couleurs  changeantes  employées  par  Claude  Régy  pour  Ode  Maritime   ?  Ses  changements,  9 subtilement conduits, ne sont perçus par l’œil qu’à l’arrivée d’un nouvel état lumineux. La lumière diffuse se manifeste comme une onde, ce qu’elle est, avec ses mouvements et son rayonnement.

Lieux

Le programme « Lumière de spectacle » est co-dirigé par Véronique Perruchon (Université de Lille) et Cristina Grazioli (Université de Padoue).

Le colloque « Lumière matière » aura conjointement lieu en France et en Italie :  

  • 7&8 novembre 2019 : Université de Lille
  • 15&17 janvier 2020 : Université de Padoue/Fondazione Giorgio Cini, Venise

Inscription

Les inscriptions pour la partie lilloise du colloque sont ouvertes.

Avant le 31 octobre :

  • 50 euros pour les professionnels
  • 25 euros pour les étudiants

 

Gratuité pour les étudiants de l’Université de Lille et de l’Université de Padoue.

 

Contact

Directrices du programme « Lumière de Spectacle » :  
Véronique Perruchon veronique.perruchon@univ-lille.fr
Cristina Grazioli cristina.grazioli@unipd.it